Défendre et renforcer le système par répartition : les jeunes socialistes vigilants sur la réforme des retraites

Publié le par MJS 18



Le gouvernement ouvrira dans quelques jours un nouveau débat sur l’avenir des retraites, marquant ainsi l’échec patent de la réforme Fillon de 2004. Si Nicolas Sarkozy annonce que toutes les pistes seront discutées, il nous explique déjà qu’il faudra travailler plus longtemps. Pour appuyer leurs arguments, les libéraux n’hésitent d’ailleurs pas à inventer les chiffres les plus farfelus sur le montant du déficit des caisses de retraites. En effet, les projections que l’on nous présente sont très incertaines et ne prennent pas en compte le regain démographique de ces dernières années, autant de cotisations futures… Pour eux, il n’y a qu’une voie possible, celle de l’allongement de la durée des cotisations.

C’est sur notre génération que reposera le financement du système de retraite dans les années qui viennent. C’est pour cela que nous avons notre mot à dire sur l’avenir du système de retraite.. Il a besoin d’être réformé, car au-delà du déficit et du financement, aujourd’hui 1 million de retraités vivent sous le seuil de pauvreté et 50% ont une retraite inférieure à 1000€.

Nous nous opposons frontalement au projet de l’UMP parce que nous pensons que d’autres alternatives existent pour pérenniser et améliorer notre système de retraite par répartition, hérité du Conseil national de la résistance au sortir de la seconde guerre mondiale.

L’allongement de la durée de cotisation n’est pas une fatalité

Une volonté tenace d’augmenter la durée de cotisation
L’UMP pose un préalable à la discussion qui s’ouvrira avec les syndicats: l’augmentation de la durée de cotisation. Cet objectif s’inscrit dans la lignée des réformes que la droite a entreprises ces vingt dernières années.

En 1993, le gouvernement Balladur s’était attaqué aux retraites des salariés du privé, faisant ainsi passer le nombre d’anuités nécessaires pour percevoir sa retraite à taux plein de 37,5 à 40. Ce gouvernement a aussi modifié le calcul des montants des retraites, prenant en compte depuis cette époque sur les 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures auparavant.
En 2003, Fillon s’est attaqué aux salariés du public faisant augmenter la durée de cotisation à 40 annuités en 2008. Mais ce sont en réalité tous les salariés qui étaient visés, puisque cette loi prévoyait que les salariés du public comme du privé devraient cotiser 42 ans à partir de 2012, 43 ans en 2020, et même 44 ans en 2040 ! .La loi Fillon prévoit aussi que la durée de cotisation peut être augmentée en fonction de la situation financière…
En 2008, le gouvernement s’est également attaqué aux régimes spéciaux,allongeant pour ces salariés de la même manière la durée de cotisation.

Ces réformes de la droite ont chaque fois été marquées par des mouvements sociaux d’ampleur démontrant la forte opposition des salariés aux régressions organisées par la droite et le MEDEF.. En 1995, le gouvernement Juppé, avait déjà tenté de s’attaquer aux régimes spéciaux et aux retraites de la fonction publique, mais il avait du renoncer devant la mobilisation massive des salariés.

Ces réformes ont des conséquences désastreuses pour les salariés de tous les secteurs. Le Conseil d’Orientation pour les Retraites (COR), estimait en 2007 que les effets des réformes de 1993 feraient diminuer à 59% du salaire moyen la retraite nette moyenne en 2030 alors qu’elle était de 78% en 1993.

Aujourd’hui la droite s’appuie sur le déficit du système de retraite pour engager ces réformes, mais depuis des années, les politiques menées qu’elle a menée ont aggravé ce déficit; à travers les exonérations de cotisations patronales, les politiques publiques en faveur des emplois à bas-salaires ou encore le chômage de masse qu’elle refuse d’endiguer ou la répartition entre le capital et le travail de plus en plus défavorable aux salariés.

Augmenter la durée de cotisation, diminuer le montant des pensions

La droite raisonne de manière simpliste, estimant que les salariés peuvent faire le «choix» de rester plus longtemps en activité dès lors qu’ils veulent toucher leur retraite à taux plein. Pourtant, 60% des salariés du privé qui prennent leur retraite ne sont plus en activité au moment de liquider leurs droits. Ils sont chômeurs, en maladie ou en invalidité.
Dans le privé, malgré les réformes de la droite, le nombre d’annuités cotisées pour partir en retraite reste de 37.

L’augmentation du nombre d’annuité n’a donc qu’un effet, celui de diminuer le montant des pensions de retraites, les salariés ne pouvant cotiser suffisamment pour toucher une retraite à taux plein..

La durée de vie augmente parce qu’on travaille moins vieux
Pour justifier cette augmentation de la durée de cotisation la droite et le MEDEF s’appuient un argument simple: pourquoi ne pas travailler plus longtemps puisque nous vivons plus vieux? Sauf que l’argument est fallacieux, c’est bien parce que la retraite a été mise en place que nous vivons plus vieux! Le nombre de maladies liées au travail augmente avec l’âge: A partir de 55 ans, 2 maladies sur 5 sont liées au travail et 3 sur 5 à partir de 60 ans. D’autre part, ce qu’oublie de préciser la droite, c’est que l’espérance de vie en bonne santé est plus faible que l’espérance de vie; elle est de 63,1 ans pour les hommes et de 64,2 ans pour les femmes.

En somme, ce que propose l’UMP c’est de travailler tant que l’on est valide, exactement comme avant que le système actuel des retraites soit mis en place. C’est donc une véritable régression, sous couvert de modernisation, un grand bon en arrière, que nous propose la droite. Pour nous, la retraite est un droit fondamental, car nous ne considérons pas que le travail doive occuper toute la vie des individus. La baisse du temps de travail est un combat majeur du mouvement ouvrier. La retraite permet de se consacrer aux loisirs, à l’engagement politique ou associatif…

Travailler plus pour que les autres travaillent moins?

En période de crise, avec 5 millions de chômeurs, il est aberrant de vouloir faire travailler les salariés au-delà de 60 ans. La droite refuse le partage du temps de travail et ne permet pas à ceux qui sont privés d’emplois –les jeunes et les femmes étant les plus touchés- de pouvoir en trouver.

 

Défendre la retraite à 60 ans à taux plein

60 ans, c’est l’âge légal à partir duquel les salariés ont le droit de prendre leur retraite. Parce que la droite a allongé la durée de cotisation, elle tente aujourd’hui de nous faire croire que retarder l’âge légal de la retraite n’aurait aucune incidence. Pourtant, selon le COR, le nombre de salarié qui prennent leur retraite le mois de leur 60e anniversaire est passé de 43,8% en 2003 à 44,7% en 2006, malgré les décotes qui diminuent le montant des pensions. Décaler l’âge légal de départ en retraite à 61 ou 62 ans, empêchera les salariés qui ont suffisamment cotisé de pouvoir prendre leur retraite et en maintiendra une majorité au chômage.
Pour la droite, il faut rompre avec l’idée que l’on peut partir en retraite à 60 ans pour inciter les salariés à rester en activité plus longtemps.

En voulant reculant l’âge légal, la droite espère aussi pouvoir retarder le deuxième âge légal de 65 ans. Il s’agit de l’âge à partir duquel un salarié qui n’a pas cotisé «l’ensemble des trimestres nécessaires» peut partir en retraite à taux plein. Alors que les parcours professionnels sont de plus en plus marqués par des périodes de chômages -particulièrement pour les jeunes- ce droit est indispensable.
Nous défendons pour toutes ces raisons la retraite à 60 ans à taux plein.

Les fausses-bonnes solutions

Pensant trouver le remède miracle au problème de financement du système de retraite, des économistes préconisent la mise en place de retraites par point ou de comptes notionnels. Avec ce type de système, le calcul des retraites ne s’effectue plus selon les 25 meilleures années (dans le privé) ou sur les 6 derniers mois (dans le public) mais sur la base de toute la carrière. Mais, selon le COR, ces systèmes verraient en moyenne une baisse de 15% du montant des retraites.

 

Dans le système de retraite par point, les cotisations prélevées sur le salaire servent à «acheter» des points. Le montant de la retraite n’est pas fixé et dépend de la valeur des points que l’on ne connaît pas au préalable. On ne prend en compte que le montant des cotisations versées, sans tenir compte du temps passé au travail. Dans ce système, l’âge de départ en retraite ne sert donc plus à rien…

 

Pour les comptes notionnels, le salarié engrange chaque année un «capital virtuel». Le calcul du montant de la retraite prend en compte ce capital et l’espérance de vie de la génération du futur retraité au moment de son départ en retraite. Plus l’espérance de vie est importante, moins le montant de la retraite est élevé. Là-aussi pour augmenter le montant de sa retraite, il faudra donc travailler plus longtemps. Ce système de retraite est un véritable nivellement par le bas. Contrairement aux arguments avancés par les partisans de ce système, le calcul du montant de la retraite ne serait pas plus favorable aux salariés cantonnés pendant toute leur carrière au SMIC (le calcul sur les 25 meilleures années ou sur toute une carrière étant le même) mais pénaliserait ceux dont la carrière a progressé (le calcul sur quarante années leur étant moins favorable).

 

Ces deux systèmes insèrent une part importante d’individualisation dans le calcul des retraites et copient dangereusement le système de retraite par capitalisation. Au contraire de ces systèmes, nous voulons renforcer le système par répartition issu du programme du Conseil National de la Résistance (CNR) qui fait jouer la solidarité entre les salariés et les générations.

 

Un autre écueil qu’induiraient des modifications du système de retraite, serait de faire de la pénibilité l’alpha et l’oméga de toute réforme. S’il est indiscutable que la pénibilité doit être prise en compte dans les conditions de travail des salariés, son intégration au calcul du départ de l’âge à la retraite paraît difficile. En effet, selon quels critères intégrer la pénibilité et comment la prendre en compte dans le calcul de la retraite? La fameuse réforme Fillon de 2004 était sensé « préserver et sauver » notre système de retraite par répartition ! On a vu ce qu’il en est advenu 6 ans après… De plus, elle devait aussi ouvrir une grande négociation sur la définition et la prise en compte de la pénibilité: elle n’a également jamais eu lieu !

 

Quelles solutions pour préserver et financer notre système de retraite par répartition?

Augmenter le montant des cotisations et les déplafonner

Selon les prévisions du COR, il faut que l’on augmente le montant des cotisations de 0,37 points par an pour que le système de retraites soit viable à l’horizon 2040. Il faut donc augmenter de 0,12 points les cotisations salariales et de 0,25 points les cotisations patronales. Cette augmentation du montant des cotisations doit s’accompagner d’une augmentation des salaires pour rendre cet effort supportable, ce qui est d’ailleurs la solution plébiscitée par les français, plutôt que d’augmenter la durée de cotisation. Il faut aussi déplafonner les cotisations vieillesse afin d’augmenter les recettes du système des retraites.

 

Mettre tous les revenus à contribution

Par le biais de dispositifs dérogatoires spécifiques (niches sociales), des revenus sont exempts de cotisations patronales: intéressement, participation, primes, épargne salariale, stock options, bonus…Ces revenus doivent donc être mis totalement à contribution pour participer au financement des retraites.

 

Stopper les exonérations de cotisations

Nicolas Sarkozy a multiplié les exonérations de cotisations sociales pour les employeurs (exonération de cotisation sur les heures supplémentaires, contrat aidé…). Pour 2008, le montant de ces exonérations est de 30,7milliards d’euros. Ils représentent donc une marge de manœuvre considérable.

 

Lutter contre le chômage de masse

Aujourd’hui 5 millions de salariés sont privés d’emploi, c’est donc autant de cotisations sociales qui n’alimentent pas le système de retraite et de protection sociale. Selon la CGT, 4,5 million d’emplois supplémentaires équivaudrait à 22,5 milliards d’euros de cotisations supplémentaires en 2010. Il est donc urgent de mener une réelle politique en faveur de l’emploi

 

Prendre en compte les années d’étude dans le calcul de la retraite

Parce que nous considérons que l’augmentation nécessaire du niveau de qualification ne doit pas être pénalisant, et qu’au contraire l’augmentation du nombre de diplômés profiterait à l’ensemble des salariés, nous pensons qu’il est indispensable de prendre en compte les années d’étude dans le calcul des annuités pour la retraite afin de permettre de prendre pleinement sa retraite à 60 ans.

 

Les résultats des élections régionales ont démontrés que les salariés attendent une autre politique du gouvernement. Dans la rue mardi 23 mars, 800000 personnes ont manifesté pour la retraite à 60 ans. Il ne suffira pas à Nicolas Sarkozy de remplacer Xavier Darcos par Eric Woerth, c’est une réforme ambitieuse des retraites qu’il faut mener, qui renforce la solidarité et qui met tous les revenus à contributions, pour permettre à tous les retraités de vivre décemment.

 

Le Bureau National

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